Le match que vous n’avez pas regardé : JA Drancy-Lyon Duchère

Le deuxième club du 93 contre le deuxième club lyonnais, du champagne, des merguez, un héritage catholique, un trublion armé de klaxons, deux petits buts et le droit d’y croire pour une lanterne rouge. Tout ça, c’était un samedi après-midi de National 1 entre la Jeanne d’Arc de Drancy et Lyon-Duchère, et c’est le match que vous n’avez pas regardé.

Jeanne d’Arc Drancy 2-0 Lyon-Duchère AS

Buts : Imamo Ahmed (21e), Diop (45e+2) pour la JA.

La dernière fois que la JA Drancy a gagné un match, c’était il y a longtemps. Très longtemps même. Tellement longtemps que les dames de la buvette peinent à se rappeler la date exacte où les Bleu et Blanc clôturaient une rencontre avec trois points dans la musette. Réponse : c’était le 5 octobre, contre Avranches (1-0), le seul succès de la Jeanne d’Arc cette saison d’ailleurs. En revanche, elles n’ont aucun mal à se rappeler le fiasco du déplacement à Laval la semaine dernière : une défaite 4-3 et trois coupures de courant au stade Francis-Le Basser ont achevé de scotcher le promu de Seine-Saint-Denis à la place de lanterne rouge.

Il y avait pourtant du positif à retenir de cette rencontre : c’était la première fois que la JA marquait plus d’un but dans un match. « Le problème, c’est qu’ils ne parviennent pas à tenir le coup quand ils ont l’avantage » , soupire l’une des bénévoles en débitant des pintes de bière d’abbaye à un prix défiant toute concurrence. En jetant un œil sur la carte, on découvre que la buvette propose aussi des bouteilles de champagne à dix-huit euros. « S’ils gagnent ce soir, il y aura bien quelqu’un qui en prendra une » , glisse sa collègue avec le sourire, sans pour autant avoir l’air de trop y croire.

Champagne, chorale et carte de messe

Se rendre au stade Charles-Sage, c’est découvrir un autre pan du foot du 93, loin de la lumière qui entoure le Red Star. Depuis la gare de RER, un petit quart d’heure de marche à travers des rues portant le nom de résistants et la petite enceinte de 2500 places, nichée entre une tour d’habitations et une rangée de pavillons, se dévoile, discrète, chaleureuse et familiale, à l’image du club qu’elle héberge. Fondée en 1903, la Jeanne d’Arc de Drancy a un blase qui trahit ses origines catholiques. Pendant longtemps, les joueurs devaient d’ailleurs littéralement pointer à la messe pour espérer être aligné les jours de match. « Une fois, je n’ai pas pu me rendre à la messe et j’ai demandé à un de mes coéquipiers de faire signer ma carte au curé » , racontait l’année dernière au Parisien Alain Melaye, président de la section football depuis 1967.
Car la JA, ce n’est pas que du ballon rond. Ce sont aussi dix-neuf autres sections, allant de la marche nordique aux danses folkloriques, en passant par le chant choral, l’aide aux devoirs et l’enseignement du français langue étrangère. Une manière de conserver son esprit patro, le club étant toujours officiellement catholique, mais avec un fonctionnement laïc, comme pour mieux correspondre à la réalité multiculturelle du département. Le tout avec un budget oscillant entre 800 000 et 900 000 euros, soit le deuxième plus petit de National 1, un peu moins de trois fois inférieur à celui de l’adversaire du jour : Lyon-Duchère. Pour la réception des Rhodaniens, ils sont quelque 250 courageux à bouder PSGBordeaux et à encourager leurs joueurs, englués à la dernière place d’un championnat dont ils découvrent la dure réalité pour la première fois de leur histoire cette saison.

Jeanne et Serge

Parmi les spectateurs, un homme se fait rapidement remarquer. Pas besoin de lui demander son prénom, il est peint en grosses lettres capitales sur l’énorme cape qui le protège du vent : Serge, « le 12e homme » . Pendant les 90 minutes, Serge gueule des « BLEU ! BLEU ! BLEU ! » et des « ALLEZ LA JA DE DRANCY ! » , à grands renforts de klaxon et de trompette, sous le regard amusé de ses voisins de tribune, lesquels reprennent ponctuellement ses chants. Et contre toute attente, ça fonctionne ! Encore sous le coup de leur élimination en Coupe de France face à Vitré, les Lyonnais multiplient les erreurs défensives, permettant à la Jeanne d’Arc de mener 2-0 à la mi-temps. « C’est dingue ! Faut garer le bus maintenant » , se réjouit un habitué à la pause, avant de se ruer devant le barbecue géant qui se charge de sustenter le public en merguez bien épicées.
Même pas besoin de trop en faire. Ce samedi après-midi était un jour sans pour la Duchère, incapable de se créer une vraie occasion franche au retour des vestiaires. Pire : à l’entame du dernier quart d’heure, Youssoupha Ndiaye écope d’un deuxième jaune et laisse ses partenaires à dix, complètement déboussolés. Il faut un solide Maxime Hautbois pour empêcher Koné de concrétiser ses deux balles de 3-0 en fin de partie, ce qui n’enlève rien à l’euphorie qui s’empare du stade Charles-Sage au coup de sifflet final. Après ce deuxième succès de la saison, la Jeanne d’Arc compte désormais treize points, et d’aucuns se prennent encore à rêver d’un maintien qui relèverait du miracle : Villefranche, tombé de justesse face au PSG en coupe mercredi dernier et premier non-relégable, ne compte que sept unités d’avance. Si un tel scénario venait à se produire, les dames de la buvette seront prêtes : les bouteilles de champagne à dix-huit euros attendent déjà au frais.

JA Drancy (4-4-2) : Lume – Imamo, Ekani, Cabaton, Coulibaly – Dahchour, (Jean-Étienne, 87e), Khous, Diop, Doumbia (Camara, 64e) – Gomel (Bando Nganbe, 81e), Koné. Entraîneur : Malik Hebbar.

Lyon-Duchère (4-3-3) : Hautbois – Camara, Romany, Ndiaye, Thetika – Diarrassouba (Atik, 65e), Banor, Ezikian – Julienne, Rivas, Tuta (Mendes, 69e). Entraîneur : Karim Mokeddem.

Par Julien Duez, au stade Charles-Sage
Photos : JD et Iconsport


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