novembre 22, 2017

Le sénateur Cheramy et la démocratie  » Gwo ponyèt »

Le sénateur Cheramy et la démocratie  » Gwo ponyèt »

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imageSénateur Cheramy

À un moment où nous assistons dans notre société haïtienne à une inflation des écarts de conduite de la part de nos dirigeants et personnalités publiques, il convient de rappeler les garde-fous.

Les gestes du sénateur Cheramy, durant la séance de vote du budget national, ne sont pas anodins. Ils envoient des signaux équivoques à notre jeunesse et fragilisent notre jeune démocratie.

Plusieurs internautes, sur les réseaux sociaux, intervenaient pour dire que son action mérite récompense puisque ceci enlève une épine fiscale dans les pieds de la diaspora. La fin justifierait-elle les moyens? Certains légitimaient les agissements du sénateur parce que, disent-ils, ses agissements ne sont pas pires que le comportement d’autres chefs. A-t-on adopté, officiellement, le principe du nivellement par le bas, en Haïti?

Ce texte vise l’analyse du comportement de nos hommes et femmes d’État, dans une perspective globale étatique, parce qu’il ne s’agissait pas d’une discussion sous un amandier entre des joueurs de dominos à la rue Tiremasse. Il était question du Parlement d’Haïti et des enjeux d’État, retransmis et filmés sur le réseau national de la République financé par les maigres deniers publics.

Il s’agit de sénateur affublé de l’épithète « honorable ». Du latin honorabilis : qui fait honneur; qui est digne de respect. De plus, un parlementaire est un législateur (personne qui fait des lois). Le minimum auquel nous sommes en droit de nous attendre est un comportement en adéquation avec son rang, ses privilèges et le prestige de la fonction.

Loin de moi l’intention de faire du sénateur Cheramy que je ne connais pas un bouc émissaire qui porterait sur ses épaules le poids des dérives accumulées du corps législatif. 

Bagarres, casses de matériels, injures, gifles sont des actes répréhensibles qui ont précédé son arrivée au Parlement. Même l’actuel président de l’assemblée,   sur Youtube, est en vedette dans une épisode d’activités « Gwo ponyèt » digne des scènes de « Saloon », dans les western spaghettis, avec le revolver en moins. 

Autrement dit, il ne s’agit pas d’incidents isolés, et enregistrés, une fois par décennie. Cette disposition à l’accrochage exprime une confusion du droit, dans notre jeune démocratie. Voilà ce qui m’interpelle. Et ceci dépasse les acteurs en présence, ils font partie d’une réalité éphémère d’un mandat populaire. Je cherche plutôt à rétablir des repères universels et fondamentaux, à l’échelle sociale. Car, trop souvent, tout est ramené à l’expression la plus simple du collectif, l’ego. La collectivité est atomisée, l’individualité est surdimensionnée. Mon message est: Seule la Nation compte, le reste ( à quelques exceptions près) n’est que poussière de l’histoire.

Où est la démocratie prônée et recherchée? Que voulons-nous pour notre pays? Sommes-nous d’accord pour régler nos différents an « Gwo ponyèt ». Si la réponse est oui, pourquoi avoir un Parlement?

Mais attention lecteurs et lectrices, je ne prône pas, non plus, la naïveté de la conformité béate. Est ce qu’un parlementaire, ou quiconque, au nom de la discipline, du respect des règles et des lois, doit à tout prix obéir à la loi? 

La réponse, vous la connaissez, chers (es) lecteurs et lectrices. Elle a été donnée par des révolutionnaires pacifiques de la trempe de Mandela, Ghandi, ou plus proche de nous, nos héros de la lutte démocratique comme Liliane Pierre Paul, Gasner Raymond, Sylvio Claude, Konpè Filo, etc.

Nous pouvons désobéir à l’ordre établi, en invoquant le besoin de justice. Nous devons le faire, comme l’a dit cet internaute, car la démocratie est un processus. Ce n’est pas un point fixe à l’horizon. C’est un idéal politique qu’on vise à atteindre. C’est un construit collectif, un projet de société.

Mais si la désobéissance peut s’avérer une option salutaire, elle ne peut se faire que sous certaines restrictions. D’abord, elle doit constituer un DERNIER RECOURS. Et elle ne peut s’appliquer que comme action PACIFIQUE à vocation collective. L’arbitraire, la violence, l’intimidation sont donc exclus.

Ces conditions réunies font donc du « désobéissant » un dissident et non un délinquant.

Finalement, même si on se croit du bon bord, il faut s’assurer que nous sommes d’abord du côté de la démocratie. Le comportement injurieux, violent, calomniateur d’un membre du Parlement à l’adresse d’un groupe de parlementaires (sans preuves, sans dossier forcément) ne salit pas le groupe visé mais le Parlement tout entier. Vous affaiblissez l’Institution, vous posez un geste antidémocratique que vos bonnes intentions ne corrigeront pas. Au lieu d’enlever les pommes pourries du panier, vous devenez involontairement, le ver dans le fruit. De nombreux experts croient que le glas a sonné pour les FAD’H à partir du mouvement des « petits soldats ».

On dit du sénateur qu’il est sincère! Il est pour notre cause, nous le peuple! Qui suis-je pour le savoir? Qui êtes-vous pour en être si convaincus? Vous et moi n’avons pas de boule de cristal. Donnons une chance à ce jeune politicien, au discours séduisant. Laissons-le, tel un arbre grandir, mais nourrissons le d’engrais de la tolérance et de la démocratie. Il prendra de la maturité. Alors, s’il n’est pas stérile et qu’il se laisse butiner par la loi et les principes d’État, il fleurira et nous donnera des fruits et, nous reconnaîtrons l’arbre à ses fruits.

Peut-être aussi que notre attitude alimente les dérives de nos chefs qui ont une prédisposition autocratique. Ces dernières décennies nous avons fabriqué assez d’anges et de démons pour coloniser le ciel et l’enfer. Rappelons-le pour les amnésiques. Nous recherchons toujours des messies, des sauveurs, des héros que nous applaudissons à tout rompre, en l’instant présent, pour les huer à la seconde d’après.

En 1986, Duvalier parti, les Forces Armées, c’étaient nos anges, contre les diables Makout. Nous avons récolté le massacre de la ruelle Vaillant , 28 -11-1987…

En 1990, on plébiscitait le prêtre. « vire deye w jan w vle », lui clamait-on. Il va régler leur compte aux « boujwa » et aux « méchants américains ». Il épousa une femme de la bourgeoisie ayant la nationalité américaine, on connaît la suite…

Ceux qui le diabolisaient ont applaudi le coup d’état du haut état-major en sauveur (une correction démocratique) pour réaliser que ces militaires n’avaient nullement Haïti dans leur agenda (3 ans de perdus).

On récidivera en 2004, avec ce rebelle venu de l’Est à qui on aurait pu remettre le pouvoir si l’Oncle Sam ne veillait pas. Le « révolutionnaire » pourtant n’avait que sa « poudrière » comme principal enjeu.

En 2012, en ayant marre des politiciens et intellectuels traditionnels, nous avons crié « Ban m vakabon an » et le vagabondage fut donné.

Aujourd’hui, notre colère contre un budget qui nous écorche le portefeuille nous pousse à chercher un énième sauveur, un héros chez ce chasseur des marchands du temple.

Mais comme à nos habitudes, la semaine prochaine, nous le laisserons tomber, nous préférerons Barabas à Jésus… Ainsi ira le cycle jusqu’au jour où nous laisserons tomber anges et démons, pour prendre notre destinée en main.

Aly Acacia source le nouvelliste





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