décembre 11, 2017

La justice haïtienne s’efface, la MINUJUSTH arrive

La justice haïtienne s’efface, la MINUJUSTH arrive

imageFrantz Duval Redacteur en chef du Nouvelliste

Comme dans un pays où il n’y a ni ministre de la Justice, ni Premier ministre, ni commissions parlementaires sur la justice, les uns après les autres, les différents corps de métiers qui font vivre la justice s’agitent, protestent, se mettent en grève, reprennent le travail avant de renouer avec le cycle des protestations. 

Depuis le début du mois de juillet 2017, les mouvements pour réclamer de meilleures conditions de travail se suivent et se ressemblent. Greffiers et magistrats dansent une farandole sans que cela semble inquiéter grand monde. On laisse faire. Sans se soucier du sort des justiciables.

Le premier lundi d’octobre, après un été mouvementé, le discours du bâtonnier de l’ordre des avocats de Port-au-Prince et président de la Fédération des barreaux d’Haïti, Me Stanley Gaston, provoque l’ire des juges. Les juges de la cour d’appel de Port-au-Prince, en représailles, décident de ne plus entendre de cas pour les avocats de Port-au-Prince.

Les jours passent. Aucune affaire n’est plaidée dans la plus importante juridiction du pays. Cela n’inquiète ni ministre de la Justice, ni Premier ministre, ni commissions parlementaires sur la justice. La paralysie s’etend aux autres juridictions, personne ne lève le petit doigt.

Cela fait bientôt quatre mois que greffiers, juges et avocats, en grève ou en bisbille, n’administrent pas la justice. On dirait que la machine judiciaire haïtienne s’efface avant l’arrivée de la MINUJUSTH, la Mission des Nations unies pour l’appui à la justice en Haïti.

Pour le moment, si le gouvernement d’Haïti n’est pas confortable avec la résolution du Conseil de sécurité qui a établi la MINUJUSTH et le fait savoir, personne ne sait ni concrètement ni exactement comment la MINUJUSTH va appuyer la justice en Haïti.

Un fait est certain, pour appuyer la justice, il faut travailler avec ceux qui la font marcher. S’ils sont insatisfaits de leur sort, comme le dénotent les différents mouvements de protestations et les grèves à répétition dans les rouages du système judiciaire, la MINUJUSTH aura du mal à tirer le meilleur des juges, greffiers, huissiers et avocats.

Si les accusations graves proférées par le bâtonnier, en présence du président de la République, du Premier ministre, du président de l’Assemblée nationale, du président du Conseil supérieur du pouvoir judiciaire (CSPJ), du directeur général de la Police nationale d’Haïti, devant un aréopage de magistrats et toute la corporation des avocats, restent sans effet, n’émeuvent aucun des pouvoirs, attendent un prochain discours dénonciateur l’an prochain, il est à désespérer des changements dans la justice.

Si le gouvernement haïtien, le Parlement et la société civile continuent d’être aussi peu concernés par les déboires, les accusations, les lacunes, les insatisfactions des hommes et des femmes chargés de faire avancer la Dame aux yeux bandés, il ne fait pas de doute que ni le glaive ni la balance ne seront d’aucune utilité. Ni aucune mission d’appui non plus.

Edito du Nouvelliste







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