janvier 19, 2018

Les douze personnalités de 2017

Les douze personnalités de 2017

Les douze personnalités de 2017

Pour la septième année consécutive, Le Nouvelliste publie la liste des personnalités qui ont marqué l’année. Par ordre alphabétique et sans prendre en compte ce qui est bien ou mal dans leur parcours, nous publions ci-après la liste des 12 personnalités ou institutions qui ont pesé sur l’année 2017. Comme chaque année, cette liste reflète les choix de la rédaction du journal.

Marleine Bastien

Marleine Bastien est la voix de la cause du TPS aux Etats-Unis d’Amérique. Ce statut de protection temporaire permet à près de soixante mille Haïtiens de résider légalement aux USA et d’y travailler depuis sept ans. Quand l’administration Obama, puis celle de Donald Trump ont décidé de le restreindre, puis de le suspendre, il a fallu des voix bien introduites dans les couloirs des institutions américaines comme elle et Paul Altidor, ambassadeur d’Haïti à Washington, pour décoder les signaux et introduire les recours possibles. Altidor pour l’Etat haïtien et Bastien pour la société civile de la diaspora ont porté haut le flambeau de la lutte pour faire reconnaître les droits de ceux qui ont dû quitter leur pays après le 12 janvier 2010 et prendre racine aux Etats-Unis. Leur travail était d’autant plus délicat que défendre le TPS c’est reconnaître implicitement que cela ne va pas bien en Haïti et que le pays ne peut pas encore retenir ou accueillir ses fils et filles. Non seulement le travail de Marleine Bastien a porté ses fruits, mais aussi l’administration Moïse-Lafontant en a fait son cheval de bataille. Tous les Haïtiens sont les bienvenus en Haïti, mais heureux sont ceux qui peuvent rester encore un temps au pays de Donald Trump. Militante de longue date de la cause haïtienne, Marleine Bastien n’est pas à sa première bataille pour les ressortissants de notre diaspora et nul doute que son combat pour bien sortir du TPS ne sera pas le dernier.

Evallière Beauplan

En août 2016, Youri Latortue, alors simple sénateur, dépose, après enquête, un rapport sur la gestion des fonds PetroCaribe au Sénat de la République. Le document soulève les critiques de ses pairs qui réclament un approfondissement. Plus d’un an après, en novembre dernier, c’est au tour de son collègue Evallière Beauplan de faire pareil. Après une nouvelle enquête, un nouveau rapport existe. Il n’a jamais été sanctionné par un vote de l’assemblée des sénateurs. En majorité, les pères conscrits ont réclamé du temps pour en prendre connaissance. Le rapport Beauplan, prolongation du rapport Latortue, connaît depuis un destin médiatique sans précédent. Les accusés se défendent. L’opinion juge. Evallière Beauplan attend la décision de l’assemblée. Avec ce rôle de procureur d’un procès qui ne dit pas son nom, le sénateur du Nord-Ouest joue dans la cour du président Jovenel Moïse. Le président ne se présente-t-il pas comme le grand pourfendeur de la corruption ?

Gaëlle Bien-Aimé

Elle a fait rire l’exigeant public étudiant et celui plus huppé du Karibe avec son décapant stand-up « Je suis Gaëlle ». Bien dans sa peau, bien dans ses mots, la comédienne, découverte grâce à Florence Jean-Louis, fait son chemin et remplit les salles pour faire rire. Dans un pays où la femme est souvent l’objet des plaisanteries, Gaëlle fait partie de cette nouvelle génération de comédiennes qui font rougir les hommes avec des blagues en dessous de la ceinture et une liberté totale sur tous les sujets. Aussi bonne seule qu’en troupe, dans une pièce ou comme animatrice d’émission sur radio Ibo, Gaëlle est en train d’écrire de belles pages dans les annales des arts de la scène. L’actrice est aussi auteure, excusez du peu.

Stanley Gaston

Le bâtonnier de l’Ordre des avocats de Port-au-Prince et président de la Fédération des barreaux d’Haïti a marqué une année judiciaire tourmentée. Entre les avocats impliqués dans les mauvaises affaires, l’appareil judiciaire paralysé par les grèves de juges, de greffiers et d’huissiers, les justiciables insatisfaits, Stanley Gaston a tenté d’être la vigie, le lanceur d’alerte. Cela ne peut pas continuer ainsi, pourrait résumer son discours le jour de la reprise des travaux dans les tribunaux le premier lundi d’octobre 2017. Bien conscient des tares du système judiciaire, le bâtonnier a mis le couteau dans la plaie. Depuis, le président Jovenel Moïse a enfoncé le clou en tapant sur les juges corrompus. Reste au Conseil supérieur du pouvoir judiciaire (CSPJ) et aux associations du système, chacun en ce qui le concerne, de faire le ménage dans leur rang. De plus, Stanley Gaston a réussi à organiser en Haïti la Conférence internationale des barreaux de tradition juridique commune (CIB), un événement réunissant plus de cinq cents avocats, dont la moitié était des étrangers. C’est une première. Le bâtonnier avait inscrit Haïti comme organisateur puis a été le chef d’orchestre de la manifestation.

Wilde Donald Guerrier

Ancien du Violette Athlétic Club et de l’América des Cayes, Wilde Donald Guerrier tutoie les plus grands du football mondial depuis quelques années. En 2017, il est devenu le premier footballeur formé en Haïti et ayant débuté dans le championnat local à atteindre la ligue des champions réservée à la crème du football européen. Wilde Donald Guerrier, avec le club azerbaidjanais Qarabag FK, a disputé cette année la Champions League avec l’élite du football mondial évoluant en Europe. De plus, il a été désigné Meilleur joueur à son poste dans la zone Concacaf. L’enfant de Port-à-Piment a été l’un des meilleurs ambassadeurs d’Haïti en 2017 car il a prouvé que le talent à l’état pur existait en Haïti et qu’il suffisait de le cultiver pour atteindre les sommets mondiaux. Pour ne rien gâcher, en sélection nationale il nous ravit. Sa dernière passe décisive pour servir Kevin Lafrance face au Japon était une petite merveille.

Richard Joseph

Des Haïtiens qui partent vivre au Chili, il n’y avait pendant toute l’année 2017 que le mauvais jeu de mots d’un groupe au carnaval « kote untel, li ale Chili », la bataille des transporteurs aériens pour se partager le gâteau des billets d’avion chèrement payés et les lignes interminables à l’aéroport international de Port-au-Prince. Comme Toussaint Louverture dont l’aérogare porte le nom, quotidiennement, ils sont des centaines qui quittent le pays sans savoir s’ils reviendront un jour. La différence avec l’homme de Bréda, nos compatriotes qui embarquent pour le Chili ne partent pas pieds et mains dans les chaînes, mais avec l’espérance débordant les yeux. Il a fallu attendre les chiffres des transferts venus de notre diaspora installée au Chili, le documentaire de Valery Numa et surtout le geste héroïque de Richard Joseph pour rehausser l’image de cette nouvelle communauté haïtienne installée aux confins de l’Amérique latine. Richard Joseph, en se précipitant pour amortir la chute d’une femme tombée du neuvième étage d’un immeuble, a donné des lettres de noblesse à des millions d’entre nous et ciselé une nouvelle image pour nos compatriotes au pays de Michelle Bachelet et de Sebastien Pinera. Reste à l’Etat haïtien de décorer Richard Joseph et de reconnaître l’apport des Haïtiens installés au Chili dans la construction de l’épopée nationale du XXIe siècle.

Youri Latortue

Le sénateur de l’Artibonite et président du Sénat a marqué l’année 2017. Il a tenté, avec des initiatives diverses, de redorer le blason du Parlement. Il a institué avec plus ou moins de régularité les séances de questions au gouvernement. Il a fait la promotion du vote de textes de lois en souffrance. Et surtout, le sénateur Latortue a communiqué comme jamais un président du Grand corps ne l’avait fait. Présent dans les médias, acteur politique de premier plan avec son parti Ayiti An Aksyon, le sénateur, ancien militaire, juriste et fin connaisseur des rouages de l’administration, place ces pions et avance vers son destin. Son année 2017 restera cependant plombé par les excès divers des élus gorgés de subventions publiques et de fonds ratissés dans les administrations et ministères. Le pharaonique budget du Parlement est sans doute une réussite illustrant le poids politique des élus mais il est resté au travers de la gorge de larges couches de la population avec ses sept milliards de gourdes, plus d’argent que n’en a reçu la santé publique. En 2018, Youri Latortue, président reconduit du Sénat ou pas, devra trouver la formule pour aider l’administration Moïse-Lafontant à mieux conduire le destin du pays : le Parlement a beaucoup pris, il serait temps que ses pairs commencent à donner des résultats. Cela passe par un contrôle parlementaire plus rigoureux. Latortue pourra-t-il être le censeur de cette classe aux résultats insuffisants qui se partage le pouvoir depuis février 2017.

Jovenel Moïse

Après une très longue campagne électorale, une élection invalidée, un changement de régime présidentiel, l’homme de la banane a été élu président de la République et a prêté serment le 14 février 2017. Depuis, Jovenel Moïse mène la barque de l’État à son rythme et selon son style. Après une première période centrée sur lui-même et ses alliés au Parlement, le président a essuyé des manifestations, la contestation de son premier budget et a dû s’ouvrir aux acteurs de la société civile pour agrandir sa base et renforcer ses assises. Très présent en province grâce à son programme, « La Caravane du changement », l’homme du Parti Haïtien Tèt Kale s’est éloigné des grandes figures de l’ère de son patron en politique, Michel Martelly, mais tarde à trouver une équipe efficace pour se colleter aux différents problèmes du pays. Les faibles performances de l’économie nationale en 2017, les élections au second degré toujours dans l’impasse et l’incertitude sur la durée du mandat de deux tiers du Sénat annoncent une année 2018 mouvementée pour le capitaine du navire Haïti. De plus, le président devra se pencher avec plus d’attention sur les petits maux qui rongent la vie des quatre millions d’habitants de la grande région métropolitaine en attendant la disponibilité de l’électricité promise. Nous n’avons pas seulement des problèmes en province et la persistance du black-out.

Raquel Pélissier

Elle est belle. Mieux, elle a une tête bien pleine et un corps bien fait. Timide concurrente du concours Miss Haïti, elle remporte la palme et le droit de représenter le pays au concours Miss Univers. Et là, métamorphose. La fille de Galy, sa mère, est une auteure de best seller, se dévoile et devient Raquel. Elle était de haute taille, elle devient grande. Elle avait un corps, on lui découvre une silhouette. Elle parlait peu, on lui découvre conversation et repartie. Une nouvelle Raquel est née entre son sacre à Port-au-Prince et son apparition comme finaliste au concours Miss Univers. En finissant Première Dauphine de la 65e édition de Miss Univers, Raquel offre au pays une surprise totale et belle. Depuis, la petite fille est devenue une femme. Elle est fiancée et parcourt le monde écumant les concours de beauté, les podiums et éreintant les spotlights.

René Préval

Ancien Premier ministre, ancien ministre de l’Intérieur, ancien directeur général du Fonds d’assistance économique et sociale (FAES), deux fois président élu de la République René Préval s’est éteint soudainement le 3 mars 2017. Le départ du président laisse un vide sur la scène politique car il avait réussi ces dernières années le tour de force de pouvoir parler avec tous les secteurs de la classe politique. Écouté de l’international comme des organisations de base, René Préval réfléchissait beaucoup avant son décès sur la transition de la Minustah à la Minijusth et sur un ralliement des forces saines de la société haïtienne dans un nouveau mouvement politique. A sa manière, il restait très concerné par la chose publique, tout en évitant de paraître partisan. Le seul à avoir bouclé deux mandants présidentiels avait atteint un niveau de sagesse inégalé ces dernières années dans les rangs de ses pairs. Préval ne laisse pas d’héritier, ni un vrai parti politique, ni des institutions solides pour le pays, mais son style pondéré devrait inspirer tout leader haïtien.

Jocelerme Privert

C’est le président inattendu, ce Jocelerme Privert. Président du Sénat, au terme d’une courte campagne, il fait l’unanimité et gagne, après le départ de Michel Martelly, des élections au second degré comme le prévoit la Constitution en cas de vacance présidentielle. Privert réussit rapidement le tour de force de remettre sur les rails le processus électoral et de crédibiliser le processus. Il mate les parlementaires de l’opposition qui voulaient mettre fin à son mandat avant la tenue des élections. En décidant de se placer au-dessus de la mêlée, même au détriment de sa famille politique, Jocelerme Privert a donné au pays une nouvelle transition réussie. Comme ses devanciers Ertha Pascal Trouillot et Boniface Alexandre, il recueille les coups bas de son successeur. Jovenel Moïse, pour le punir d’on ne sait quelle faute, prive Jocelerme Privert de ses privilèges d’ancien président élu de la République. Fonctionnaire à la longue et riche carrière, fin connaisseur du Parlement, témoin privilégié des dernières décennies, comme Ertha Pascal Trouillot et Boniface Alexandre, on le met d’emblée à la retraite et au rencart.

Sigora Haïti

En devenant la première compagnie privée à se consacrer à la distribution de l’électricité en Haïti, installée depuis deux ans dans le département du Nord-Ouest (Môle St-Nicolas, Jean-Rabel et Bombardopolis), Sigora Haïti représente une lueur d’espoir dans l’insoluble problème du black-out. Entre la promesse du chef de l’État d’électrifier le pays 24 sur 24 en 24 mois, les controverses autour des contrats des compagnies privées productrices d’électricité (IPP) et le fort potentiel d’Haïti en énergies propres, Sigora Haïti, filiale de Sigora International, une start-up basée à San Francisco, avec son système de compteurs prépayés, a montré comment on peut s’attaquer réellement à cette quadrature du cercle. Notamment en abandonnant les sempiternelles discussions tournant autour de la nécessité d’augmenter la production d’électricité pour enfin aborder réellement la problématique de la distribution et de la commercialisation du courant. Les compteurs intelligents de Sigora pourraient aider l’Ed’H à collecter beaucoup plus d’argent dans le pays qui a le taux d’électrification le plus bas dans les Caraïbes et où vivent le plus grand nombre de personnes sans accès à l’électricité – soit plus de 8 millions. Auréolée du prix meilleur projet en milieu rural, décerné au 9e forum caribéen sur les énergies renouvelables (CREF 2017), la start-up, opérée par un personnel à 95% haïtien, met sur le marché haïtien des compteurs qui se distinguent de trois manières : leur prix est abordable, ils sont antivol et ont la capacité de devenir un point wifi permettant à la compagnie de procéder à la distribution de data.

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Post source : Lenouvelliste

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