CultureNon classé

La revalorisation des œuvres musicales : Un moyen d’assurer la survie de la musique dansante haïtienne

imageSkah Shah Number 1 Message

Tout comme un artiste, une œuvre musicale ne meurt jamais. Cependant, elle peut perdre de sa popularité et même de son essence,  à travers le temps, si elle n’est pas revalorisée après une période de succès. Aujourd’hui, on constate l’affaiblissement évident et rapide des œuvres des groupes musicaux haïtiens. C’est ce qui explique l’inopportunité d’attribuer l’épithète de « classiques » aux chansons qu’offrent les orchestres d’aujourd’hui. 

Pour traiter une œuvre musicale  de « classique », il faut tenir compte de son long impact et effet sur la société qui la reçoit. C’est donc une création pour la postérité.  Qu’on ne s’étonne pas si un groupe musical, après deux ou trois ans d’existence, attribue l’épithète de « classique » à une de ses chansons. Le rêve peut bien être une réalité pour certains. 

Un chef-d’œuvre peut ne pas être un classique

On confond souvent les termes dans le domaine musical, voire qu’on les substitue parfois. Une œuvre musicale peut bien être un chef-d’œuvre, et non  un « classique ». Il faut toutefois souligner qu’un « classique » transcende le temps, l’espace et les modes. Il bénéficie de la reconnaissance durable dans la société où il est reçu. Donc, un « classique » désigne toute œuvre que le public apprécie et valorise indéfiniment.  C’est une référence musicale.  Ne serait-il pas correct de dire qu’un  « classique » n’a pas de date d’expiration, donc on ne l’oublie jamais. 

Dans le même ordre d’idées, il faut éviter de confondre un « classique » avec un  magnum opus, qui signifie le plus grand chef-d’œuvre d’un artiste ou d’un groupe musical. Par exemple, le disque « Message » du Skah-Shah est le Magnum Opus de cette formation musicale. Cela paraît logique à tous ceux qui ont une connaissance de l’art  leur permettant de comprendre et d’évaluer l’approche musicale, les arrangements des cuivres de Dernst Emile et l’application directe des notions fondamentales de la musique dans cette œuvre du Skah-Shah, par exemple.  On remarque qu’aujourd’hui  le succès d’un album compas direct ne va pas au-delà d’un an. Après une telle durée, on oublie déjà les compositions qui ont fait le succès d’un groupe musical. 

Si on remonte le cours de l’histoire de la musique populaire haïtienne,  on découvrira les classiques du Jazz Des Jeunes, tels que : « Fleur de mai », « À l’ombre des palmiers en fleurs », « Un brin de joie », « 1er Janvier », « Fanm St Marc », « Comme Jadis », « En Vacances », « Machann Kasav », « Manman », « Tout moun dou », etc. Ce serait une erreur de ne pas mentionner quelques classiques de l’Ensemble Nemours Jean-Baptiste, tels que « Ti Carole », « Compas Cabane Choucoune », « Flagrant délit », « Ginou », « Infidélité », etc. Quand on révise le répertoire de l’Ensemble Wébert Sicot, on note des classiques tels que « Catalina », « Minouche », «Machann poul », etc. 

Parmi les classiques de l’Orchestre Septentrional, on compte « Louise Marie », « Cité du Cap-Haïtien »,  « Gisèle »,  « Septen, tu vois la mer », « Temwayaj », « Caridad », pour ne citer que  les plus connus.  Et dans le riche répertoire de l’Orchestre Tropicana d’Haïti, on relève les classiques qui suivent : « Les gens du Nord », « Le nègre », « Pran pasyans », « Doux Tropic », « Anita », « Adrienne », « Yolande »,  « Angélique », pour ne mentionner que ceux-là.   À se rappeler que les œuvres qualifiées de « classiques » sont intemporelles. 

Pour parler d’œuvre « classique », on peut,  par exemple, citer aussi les chansons « Haïti », « Message », « Loving You », « Sentiment », « Zanmi », «  This is it », « Merci  Dieu », « Yahvé » du groupe Skah-Shah. On ne saurait oublier  les « classiques » de  Tabou Combo, tels que « New York City », « Bon Anniversaire », «  Konpa m se pa m», « Light is coming your way », etc. Les « classiques » des Shleu Shleu s’intitulent « Moun damou », « Maille », « Dans la vie », « Solange », « Bel Ti Machann », « Caroline », « Boutillier », « St Valentin », etc. 

Ce serait une grave omission de ne pas parler du groupe « Les Fantaisistes de Carrefour » qui compte aussi des « classiques » dans son répertoire, tels que « Rêve bleu », « L’Homme », « Tristesse », « Ti Zwazo », « Minuit », « La Femme », « Volleyball », « Histoire deux  amis », etc. Les meilleurs classiques  du Bossa Combo sont indiscutablement : « Racines », « Notre Dame », « Chère madame », « Première Communion », « Religion »,  « Apocalypse ». Le répertoire du groupe Les Ambassadeurs d’Haïti contient  aussi des classiques comme « Fini », « Oh, je ne veux pas », « Port-au-Prince », « Adieu », « Revers de la médaille », « Ingratitude », « L’Amour, le temps, la jeunesse », etc.

« Se lavi» est un des classiques du groupe Les Difficiles de Pétion-Ville.  « David » de D.P Express fait  partie de la catégorie des classiques de ce groupe musical.  On est en droit d’attribuer le titre de « classiques » aux compositions « Patience », « Courage »  et « La Tulipe » du groupe Les Gypsies de Pétion-Ville. « Christiane » et « M ap mande kouraj » du Scorpio ont aussi transcendé le temps.  On peut tout aussi bien classer « Miyan miyan » et « Madan Marcel » de Coupé Cloué comme « classiques ». Comment donc expliquer la transcendance du temps et de l’espace des œuvres de tous ces orchestres d’hier, après plus de quatre décennies?  

Voyage aller-simple à travers un nouveau monde musical 

On est unanime à reconnaître que les groupes musicaux comme Klass, Nu Look, Zenglen, Disip, Djakout #1, T-Vice, Mass Compas, Harmonik, Kreyol La, Gabel et bien d’autres, ont produit des chansons de bonne facture, on dirait même des chefs-d’œuvre. Mais, si par exemple, quinze à vingt ans plus tard, on n’arrive pas à se rappeler de ces chansons, qui, dans un temps,  avaient marqué et retenu l’attention des consommateurs de musique haïtienne,  il sera logiquement impossible de leur attribuer l’épithète de « classiques ». 

Le morceau « Marina » des Frères Dejean est un « classique ». La chanson « Qu’est-ce que la vie » des Frères Dejean a aussi défié le temps. Donc, il s’agit d’un « classique » dans le monde compas direct. Cela est si vrai que le groupe Klass, qui vient de célébrer ses cinq ans d’existence, avait jugé bon de faire une excellente reprise de cette chanson. Le tube « M ap marye » gravé sur le nouveau disque de Klass jouit d’une popularité incroyable. Malgré sa popularité, « M ap marye » n’est pas un « classique ». De même,  le morceau « Until when » de Nu Look n’a pas le statut de « classique ».  

Le cas ne diffère pas pour « Cheri benyen m » et « Incroyable » du groupe Harmonik.  Ce sont toutes des chansons très populaires, mais pas des « classiques ». Si ces musiciens ont la grosse tête et se laissent mener par leur ego, ils peuvent  croire autrement.  Le libre arbitre le leur permet. Mais fous qui y croiront, puisque le principe veut qu’un « classique » transcende le temps.  Les animateurs de radio doivent présenter des émissions « retro »,  pour permettre aux jeunes de découvrir les « classiques » qui ont marqué la jeunesse de leurs parents. Ainsi, ils apporteront un nouveau souffle de vie aux anciennes œuvres des artistes.  

Les chansons « Rezilta » de Zenglen, « Fè l vini avan » de Klass, « Confirmation » de Nu Look, ne sont plus diffusées à la radio. On les oublie déjà. Le plus grand problème qui cause le manque de diffusion du compas direct sur les ondes c’est la pratique de la PAYOLA des animateurs haïtiens, en d’autres termes de la corruption (R. Noël). La PAYOLA est un cachet (pot de vin – lajan anba tab) qu’exige un animateur pour diffuser la musique d’un artiste ou d’un groupe musical sans que l’administration de la station de radio ou de télévision soit mise au courant. Ces animateurs n’établissent pas la différence entre « Promotion »,  « Information » et « Action » (R. Noël). Il faut revaloriser les œuvres des groupes musicaux qui évoluent actuellement sur la scène HMI. Autrement, leurs œuvres seront naturellement et totalement oubliées dans quelques années et on ne pourra jamais parler de « classique » quand on fait référence à ces groupes. 

Espérant la participation de tous dans le processus de la grande rénovation culturelle haïtienne, on souhaite creuser un tombeau pour enterrer la division, qui empêche le développement et l’avancement du pays et, par voie de conséquence,  de la culture haïtienne.  La revalorisation des œuvres musicales pourra garantir la survie de la musique dansante haïtienne, particulièrement  du compas direct, si un effort collectif est considéré. 

[email protected] 





[ad id=”58″]

Source link

Related Articles

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Close