17 octobre 1804 – 17 octobre 2017, 211 ans… Et après !

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17 octobre 1804 – 17 octobre 2017, 211 ans depuis que les assassins de l’aube ont tué l’empereur Jean Jacques Dessalines au Pont Rouge. 211 ans depuis que ceux dont les pères sont en Afrique brassent du vent et vivent en dessous du seuil de la pauvreté. 211 ans depuis que le projet de liberté pleine et entière peine à trouver un digne représentant.

Au-delà de l’assassinat de l’empereur, au-delà de sa mise à mort par le jeu des intérêts entre les diverses factions sociales pour orienter le destin du nouvel État- Nation, c’est l’ensevelissement d’un projet de société, s’arcboutant autour de l’idéal du bien-être, qui se réalise au Pont rouge ; C’est la possibilité d’un nouvel humanisme, d’une nouvelle ontologie de l’humain qui se trouve anéantie.

La révolution de 1804 pose dans un langage radical la question de la liberté, elle arrache à la sous-humanité un groupe de gens qu’on avait tendance à traiter comme des biens meubles. En ce sens, elle s’inscrit dans le répertoire de toutes les grandes luttes humaines pour le progrès ; elle est un héritage mondial !

Il serait intéressant, en vertu de cette révolution de regarder Haïti non comme une périphérie mais plutôt comme un centre à partir duquel se propage le venin de la liberté parmi tous les peuples assujettis. L’irruption d’Haïti sur la scène mondiale a désemparé les tenants du système esclavagiste et a secoué les évidences de l’échiquier politique mondial. Dans un monde où la thèse de l’inégalité des races humaines donnait le ton, la révolution haïtienne est la première, qui dans son déploiement, visait à casser la racialisation des rapports interétatiques en restituant aux noirs leur humanité. Tout noir ou tout captif foulant le sol d’Haïti est libre et acquiert automatiquement la nationalité haïtienne. 

Deux siècles après, il est difficile de comprendre le traitement qui a été infligé à la figure de Dessalines si on perd de vue les diverses rivalités entre les acteurs de l’après 1806.  Rivalités économiques cristallisées dans le conflit entre grande et petite productions ; rivalités entre la masse des bossales acquérant leur liberté sur le champ de bataille et les anciens libres ; rivalités à l’intérieur de l’oligarchie entre noirs et mulâtres.

Le déficit de mémoire

 L’oligarchie, qui a pris les rênes du pouvoir après le parricide de 1806, a vite fait de jeter l’empereur aux oubliettes.  En effet, un lourd silence a été orchestré autour de Dessalines. Silence autour de son nom et de sa lutte, silence autour de son projet de société ayant pour socle la lutte pour le bien-être : Pa gen libète san byennèt.

Le traitement de la mémoire de Dessalines est un baromètre pouvant nous aider à comprendre notre rapport avec l’histoire ainsi que la mainmise des victimes de 1804 sur l’orientation du pays. Comment saisir l’indigence dans laquelle croupissent nos Héros au Champ de Mars, à quelques mètres du palais national ? Comment expliquer le délabrement du Pont Rouge, lieu de parricide mais, aussi et surtout, haut lieu de mémoire ?

L’inconcevable !

Il serait intéressant de réfléchir sur les réactions qu’a provoquées la photo du président Jovenel MOÏSE et sa femme sur une place publique au terme de la 72e assemblée de l’ONU. La grogne exprimée contre cette prise trouve sa source dans l’insalubrité de nos espaces publics parce que chez nous, le champ de Mars est une apologie de la crasse. Face à l’inertie et la non-volonté des autorités compétentes de freiner la dégradation de ces espaces, le citoyen lambda, démuni et dépassé par la situation, n’a que la colère comme recours. 

La colère contre l’effritement de ce Port-au-Prince décrit par Georges Corvington où le champ de mars était à la fois une place publique mais aussi un lieu de repère où l’on pouvait ressentir un sentiment de fierté patriotique en contemplant les statues des Héros de la liberté ; où toute la famille réunie pouvait, entre une séance de ciné au Rex Théâtre et la dégustation d’une crème à la glace, se prendre en photo dans une ambiance de fête ….Ce champ de mars n’est plus, le champ de mars de Georges Corvington, le champ de mars d’Albert Mangonès ! Ce beau lieu a laissé la place à une procession de rats, une forte odeur d’urine et un gazon mal entretenu. Le champ de mars- du moins ce qu’il en reste-  offre un triste spectacle de déchéance !!!

211 ans après, il serait salutaire de faire resurgir l’histoire de cette mémoire occultée comme l’ont fait des historiens français, notamment dans leur analyse sur la marginalisation du passé colonial dans l’historiographie classique française (voir « la fracture coloniale, sous la direction de Pascal Blanchard». Nous sommes une nation en déficit de mémoire, une nation qui porte sa mémoire comme un fardeau. 

Pour ce faire, la nécessité d’un acte fondateur, qui partirait de la restitution de la mémoire de Dessalines en restaurant le Pont-Rouge, se fait sentir. Cet acte fondateur est inconcevable sans la conjugaison de toutes les forces vives de la vie nationale. C’est d’une concertation de tous les acteurs – du Président de la République au CASEC en passant par le simple citoyen -, de toutes les bonnes énergies du pays, de toutes les forces tutélaires de la nation, que devrait naitre ce projet, qui consisterait à enlever l’empereur de la boue et à faire de pont rouge un véritable lieu de mémoire, digne de la stature de l’empereur.

 Il est venu le temps de faire l’histoire à rebrousse-poil en donnant à Pont-Rouge sa dimension de lieu mémoire au même titre que Gorée ou Ouidah. Il faut reconstruire Haïti au rythme des actes fondateurs en alliant le sens de l’Etat et des politiques publiques, il nous faut une grande volonté pour casser le projet d’occultation de Pont Rouge afin qu’il soit reconnu comme le tombeau du premier général antilibéral de l’humanité.

Je m’inscris d’emblée dans la caravane qui partira du Pont Rouge en érigeant comme premier acte l’acte premier du mausolée de l’Empereur. Là, une politique publique autour des collectivités territoriales y trouvera tout son sens dans ce carrefour des trois municipalités réunies. Là, tout y est ! Reprendre le boulevard Jean Jacques Dessalines, la construction en hauteur qui ferait disparaître les corridors dans un grand projet d’aménagement du territoire. 

Pour Haïti, pour l’Empereur et pour demain, ceci est un avant-projet d’acte fondateur dans le sens de dire comme on ne se le dit pas souvent « Je suis Dessalines » 

Yves Lafortune





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