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Enquête PétroCaribe: Evalière Beauplan ne digère pas l’omniprésence du président du Sénat dans l’arène médiatique

imageEvaliere Beauplan

Le rapport de la commission de suivi et d’approfondissement de l’enquête sur l’argent du PetroCaribe, annoncé pour cette semaine, est-il dans l’impasse? Le premier des commissaires, Évalière Beauplan, pense que non, lui qui croit nécessaire d’avoir le maximum de temps pour rendre « appréciable son travail », mettre les points sur les i. Pas du tout circonspect sur les difficultés auxquelles il est confronté, le sénateur du Nord-Ouest évoque la réticence de la BNC et du BMPAD à lui transmettre des  documents nécessaires à l’enquête, histoire de peaufiner ses conclusions et de les soumettre sous peu à l’appréciation des pères conscrits.

Parce qu’il veut mener à terme son travail, sans pression, sans interférence, le président de la commission ne digère pas l’omniprésence du président du Sénat dans l’arène médiatique, du moins depuis peu. Ce dernier, justement, n’a pas manqué d’annoncer le rapport pour le début du mois d’octobre et de mettre en avant sa volonté de combattre la corruption qui gangrène, à ses yeux, sous toutes les formes la société haïtienne. Évalière Beauplan s’enrage. «Youri Latortue parle trop de l’enquête. Son travail a pris fin. Il avait à mener une enquête, c’est fini. Il l’a soumise à l’assemblée, c’est fini», a balancé Beauplan, comme un petit tacle à peine voilé à Youri Latortue.

«Je dois être prêt avant de soumettre le rapport à l’assemblée. Tant que je ne suis pas prêt, il [Youri Latortue] ne doit pas me mettre la pression», enchaîne Évalière Beauplan, insistant sur les difficultés qui retardent la présentation du rapport à l’assemblée. Pour approfondir le rapport Latortue, les commissaires ne se sont pas confinés à l’audition des anciens hauts fonctionnaires. Ils se sont rendus sur le terrain pour confronter les déclarations à la réalité. «Nous avons vu l’état d’avancement des travaux. Nous avons des images, en plus des vidéos des auditionnés qu’on peut remettre à la presse pour montrer les confusions […]», énumère Beauplan, comme pour insinuer que son travail sera acceptable.

«Le rapport sera potable»

Il faut coûte que coûte déterrer la vérité sur l’utilisation de l’argent de PetroCaribe. Le président de la commission de suivi et d’approfondissement de l’enquête ne s’en cache pas, nonobstant les obstacles qui surgissent sur son chemin. Parce qu’il n’y a pas de «tradition d’enquête» dans le pays, Évalière Beauplan croit que cela rendrait sa tâche davantage difficile que prévu. Sur des documents que devrait lui remettre le BMPAD, le parlementaire se veut sans équivoque: «BMPAD est une institution importante pour nous. C’est là où toutes les résolutions de décaissement de fonds ont été acheminées. Il y a des documents qu’il me transmet aux compte-goutte. Il y en a d’autres que j’attends encore […].»

Ses lancinantes demandes au BMPAD, soutient Évalière Beauplan, comme pour dire avec gentillesse que le rapport ne sera pas fin prêt cette semaine, sont pour la plupart jusqu’ici sans effet. Pour la BNC, ses dossiers doivent être reçus ce mercredi, détaille le premier des commissaires. Pour lui, il est essentiel d’avoir accès aux comptes des ministères sectoriels, de jeter un coup d’œil sur les transactions opérées sur les comptes de certaines firmes par rapport à ce qui se dit dans certains contrats. Se sachant épié de toutes parts, il ne veut rien laisser au hasard, sous peine de voir toute la nomenclatura de ceux qui ont été gérants de deniers publics entre 2008 et 2015 lui tomber dessus dans la foulée de la publication du rapport.

L’élu Pont du Nord-Ouest, mais de souche Lavalas, a salué par ailleurs la volonté de collaboration de la banque centrale qui lui a fait parvenir tous les dossiers dont il avait besoin. Evalière Beauplan souhaite qu’un exemple soit tracé dans le pays sans vouloir vendre la mèche sur les personnes qui auront des questions à répondre à la justice aussitôt que le rapport sera fin prêt, soumis au vote au grand Corps et transmis aux autorités compétentes. «Nous avons des auditeurs, des experts comptables qui travaillent pour nous. C’est peut-être là la faiblesse du rapport Latortue […]», dit-il, soulignant que son «rapport sera potable», empreint de faits et de vérité. 

Divergences au sein de la commission?

Pour l’heure, la question de l’enquête sur les fonds PetroCaribe est presque sur toutes les lèvres au Bicentenaire. Le rapport de la commission risque de diviser les sages et personne ne sait si on ne va pas aboutir sur une énième commission de suivi tant les intérêts de clan l’ont toujours emporté dans les assemblées parlementaires. La position du sénateur Onondieu Louis, secrétaire-rapporteur de la commission, lui qui s’est fendu début août d’une lettre incisive au président de celle-ci pour critiquer sa «méthode de travail», n’a pas bougé d’un iota. «Qu’est-ce que je vais rapporter? Franchement, je ne sais pas», a-t-il dégainé ce mardi au Nouvelliste.

Mais le sénateur Évalière Beauplan, malgré l’intensité des pressions, semble regarder ailleurs. Il n’a pipé mot sur le fait que le président du Sénat, Youri Latortue, est convaincu que la dénomination du rapport [rapport Latortue] restera la même. Il attend les dernières paperasses avant de rendre ses recommandations publiques – lesquelles risquent encore une fois de faire grincer des dents à beaucoup d’anciens fonctionnaires qui ont eu la patte trempée dans la gestion de l’argent vénézuélien…

Juno Jean Baptiste source le nouvelliste





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