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La répartition du nouveau budget vue par Kesner Pharel

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En attendant la date butoir du 1er octobre 2017 pour entrer en application, le budget 2017-2018 voté par le Parlement n’en finit pas d’attirer la foudre de tous les secteurs de la vie nationale. Lundi dernier dans les locaux de l’Université Quisqueya, des experts de la question ont fait le diagnostic et relevé les faiblesses de ce document. Le P.D.G. du Group Croissance, Kesner Pharel, faisant partie du panel des intervenants à ce débat, a décortiqué les principaux chiffres insérés dans la répartition du budget.

« Avec un budget estimé à 144 milliards de gourdes,  soit 2,2 milliards de dollars américains (calculé au taux du jour 63,50g pour un dollar), Haïti, 11 millions d’habitants, fait piètre figure à ce niveau par rapport à un pays comme la Jamaïque qui a un budget de 5 milliards de dollars pour ses 3 millions d’habitants. La République dominicaine, avec une population similaire à celle d’Haïti, a un budget de plus 15 milliards de dollars américains », a  indiqué d’entrée de jeu l’économiste Kesner  Pharel, soulignant au passage la difficulté pour les autorités haïtiennes de répondre aux multiples problèmes du pays avec des ressources aussi limitées.

Concernant  la  préparation et la finalisation du budget, le P.D.G. du Group Croissance a rappelé que la constitution de 1987 a bien expliqué comment mettre en place la loi des finances. «  Cela  nous a pris 20 ans en 2007 pour voir enfin les autorités haïtiennes par le biais du Premier ministre Michèle Pierre-Louis et de son ministre des Finances, Daniel Dorsainvil arriver à faire dans le temps établi par la constitution le dépôt du budget au Parlement. Ça nous a pris 30 ans pour compléter le cycle budgétaire, car c’est seulement dans le budget rectificatif 2016-2017 que toutes les étapes ont été appliquées comme le prescrit la loi mère », a fait remarquer l’intervenant qui en a profité pour saluer l’administration Moise/Lafontant d’avoir fermé le cycle budgétaire  2017-2018 dans le temps imparti. 

Les agents économiques et la société civile doivent  s’enquérir du contenu de ‘’ l’Exposé des motifs’’ qui est cette étape de la loi de finances où l’Exécutif explique les raisons pour lesquelles la loi est proposée, conseille l’animateur du Magazine Economique de radio Métropole. Selon lui, la loi de finances doit constituer le résultat de toutes les politiques publiques. « S’il n’y pas de politique d’éducation, politique de santé, politique agricole, politique de l’environnement, on ne peut pas parler de budget. On peut simplement parler d’un ramassis de chiffres voulant rien dire ».

A ce sujet, l’économiste s’est référé au plan stratégique de développement adopté par l’Etat haïtien en vue de relever le pays après le séisme du 12 janvier 2010. Ce plan tourne autour de quatre grands axes principaux qui sont : la refondation  territoriale économique, la refondation sociale et la refondation institutionnelle. Un budget découle de la vision et des grands objectifs des politiques publiques, des programmes et des projets. On ne saurait parler de budget avant la conception et la mise place de ces éléments. On aurait pu donner 700 milliards de dollars à Haïti, ça n’aurait pas suffi à développer le pays si au préalable il n’y avait pas un plan de développement prévu.

Les chiffres et la répartition du budget par secteur

 

Selon les explications de l’analyste, le pouvoir Exécutif a quatre secteurs clés : le secteur économique, le secteur social, le secteur politique et le secteur culturel. De manière détaillée, il a montré les différents ministères attachés à chaque secteur et aussi le montant alloué à ces ministères dans le nouveau budget. Ainsi, on aura : 

Les ministères du secteur économique : Le ministère des Travaux publics (17 milliards) ; le ministère des Finances (11 milliards) ; le ministère de l’Agriculture (10 milliards) ; le ministère de la Planification (7 milliards) ; le ministère du Commerce (1,6 milliard) ; le ministère de l’Environnement (757 millions) ; le ministère du Tourisme (739 millions).

Les ministères du secteur social : le ministère de l’Education nationale (22,92 milliards) ; le ministère de la Santé publique (6 milliards) ; le ministère des Affaires sociales (3 milliards) ; le ministère de la Jeunesse et des Sports (1 milliard) ; le ministère à la Condition féminine (196 millions).

Les ministères du secteur politique : le ministère de la Justice (12.43 milliards) ; le ministère de l’Intérieur (2.74 milliards) ; le ministère des affaires étrangères (2.45 milliards) ; La Primature (2 milliards) ; La Présidence (1.46 milliard) ; Le ministère de la Défense  (514 millions) ; le ministère des Haïtiens vivant à l’étranger (127 millions).

Le ministère de la Défense, selon le présentateur, est l’un des cas flagrants de l’incompatibilité des objectifs du gouvernement et la répartition du budget. A ce sujet, M.Pharel s’est interrogé : comment un gouvernement qui parle de remobiliser ou de créer une armée peut-il allouer au ministère de la Défense pas plus d’un demi-milliard de gourdes ? Combien coûte un avion, ou un yacht ?

Le secteur culturel : Le ministère de la Culture (1.38 milliard) ; le ministère de la Communication (350 millions ; le ministère des Cultes (193 millions). 

 A propos du ministère de la Communication, le conférencier n’a pu s’empêcher de se demander : Quel est le rôle de ce ministère  si la présidence se trouve dans l’obligation d’employer quatre porte-paroles ? Pourquoi conserver cette nomenclature au niveau de la gouvernance du pays ?  

Avec 7. 2 milliards de gourdes d’allocation,  le pouvoir législatif (7.2 milliards) a la plus grosse augmentation comparé au  budget précédent. Son allocation dépasse même celle du ministère de la Santé publique dans un pays en guerre constante contre le cholera, dans un pays ou l’eau potable est une denrée  rare pour plus de la moitié de la population.

Les indicateurs macroéconomiques

En ce qui a trait à l’inflation, le gouvernement prévoit un taux d’inflation à deux chiffres supérieur à  10% (11%) pour l’exercice 2017-2018.  Le taux de change est fixé à 63,50 gourdes, un taux extrêmement optimiste, croit l’économiste au vu de la fragilité du marché des changes par rapport á la faiblesse de la production locale et à l’exportation.

 Un taux de croissance de 3,9%. « Dans l’exposé des motifs par exemple, le gouvernement  nous dit que le taux de croissance de l’Économie réelle sera de 3,9%. Mais personne ne nous dit comment on va faire ce saut pour sortir de 1,9% pour arriver à 3,9% », s’inquiète Kesner Pharel qui proteste contre le mutisme de l’Executif face aux réclamations d’explication concernant certains points obscurs du budget.

La pression fiscale est passée de 12,4% à 12,7%, soit une augmentation de 0,3%. Une pression fiscale extrêmement faible selon l’économiste du Group Croissance expliquant que selon la réalité fiscale haïtienne, sur chaque 100 gourdes disponibles dans l’économie haïtienne, le citoyen haïtien donne moins de 15 gourdes à l’État. Soit le taux de pression le plus faible de la région avec le Guatemala.

Les réserves nettes de changes du pays représentent environ 4 à 5 mois d’importation. Et le gouvernement reconnait dans ce budget le non-recours à la BRH pour le financement monétaire.

Les recettes prévues

Les ressources domestiques vont connaitre une augmentation considérable. C’est la première fois, selon Kesner Pharel, que le pays espère entrer tant d’argent au niveau des ressources domestiques, soit 93 milliards de gourdes. Les recettes internes prévues (à travers la DGI) sont estimées à 73 milliards ; les recettes douanières (AGD) 19 milliards ; Autres ressources domestiques estimées à 548 millions de gourdes.

Pour montrer l’inconcevabilité des fantomatiques recettes des institutions publiques haïtiennes, Kesner Pharel a mis en relief les déclarations du directeur de la Brasserie nationale (BRANA) Wietse Mutters qui, invité à la première conférence de l’Université Quisqueya, avait laissé entendre que la Brana allait apporter un milliard de gourdes dans les caisses de l’État. Alors que toutes institutions commerciales publiques réunies (BNC, BPH, OAVCT, ONA, NATCOM, etc.) n’ont pu verser à l’État  que 548 millions de gourdes. 

« Nous avons des importations de l’ordre de quatre milliards de dollars américains. Convertis en devises haïtiennes, cela donne  plus de 200 milliards de gourdes d’importation. Comment on n’arrive pas à entrer 20 milliards de gourdes de recette d’importation » ? Se questionne l’économiste face aux maigres recettes douanières haïtiennes projetées. 

Face à cette situation alarmante, M. Pharel préconise un débat ouvert  sur la préparation du budget.

Voies et Moyens

De 118 milliards de gourdes de l’exercice précédent, le nouveau budget 2017-2018 est  passé à 144 milliards de gourdes. Comment va-t-on mobiliser ces fonds ? questionne Kesner  Pharel.

S’agissant des Voies et Moyens pour financer le budget, à part les ressources et les recettes, le gouvernement a misé sur les Dons et le Financement.  Parlant des dons au niveau du budget, M. Pharel rappelle qu’en 2010-2011 les dons ont tourné autour de 48 milliards de gourdes. Aujourd’hui avec  le PetroCaribe réduit à sa plus simple expression et l’aide étrangère qui se raréfie, le gouvernement haïtien a fait des prévisions de l’ordre de 20 milliards de gourdes en termes de dons pour le budget 2017-2018, soit 3.37 milliards de gourdes comme appui budgétaire et  20.65 milliards comme Aide Projets.

En ce qui a trait au Financement estimé à 26,73 milliards de gourdes, l’administration Moïse/Lafontant mise sur les Tirages sur emprunts (5,06 milliards) ; les Bons du Trésor (3.27 milliards) et les Autres financements internes des projets (14.81 milliards).

Sceptique quant aux Voies et  Moyens choisis par les autorités concernées pour financer le budget,  l’animateur du ‘’Magazine Economique’’ de radio Métropole, a fait intervenir la notion de « sincérité du budget » introduite préalablement par le professeur  Etzer Emile. « Voilà encore un autre problème noté dans ce budget, selon l’article 41 de la loi des finances, un gouvernement ne doit pas surévaluer ses recettes, ni sous-évaluer ses dépenses. C’est une violation de la loi. Je ne dis pas que c’est le cas, mais on nous doit des explications », s’enflamme M. Pharel qui se demande comment on va retrouver ces 26 milliards de gourdes, (soit le différentiel du budget rectificatif 2016-2017 et le nouveau budget 2017-2018).

Les chiffres relatifs au tirage sur emprunt  (concernant particulièrement le Petrocaribe)  totalisent seulement 5 milliards de gourdes contre 21 milliards sous le gouvernement de Michel Martelly. Au niveau des Bons du Trésor, seulement  3 milliards de gourdes. « Pourquoi le Trésor qui n’est pas aussi optimiste au niveau des Bons  offre donne 0 de financement interne et 18.40 milliards de gourdes ? Financement veut dire endettement et l’endettement ramène au service de la dette. Tout cela pose problème, et c’est là qu’on doit commencer à poser des questions », dit Kesner Pharel.

Le flou demeure surtout au niveau de la rubrique des ‘’Détails des autres financements internes de projets’’. Dans cette rubrique, le gouvernement n’a rien expliqué en ce qui concerne : Les Bons spéciaux de la diaspora pour la Technologie (630 millions de gourdes ; Les Fonds de syndication (8.5 milliards de gourdes) ; Les Fonds de solidarité inter haïtienne (100 millions de gourdes ;

Selon l’intervenant, les parlementaires auraient dû intervenir pour demander comment on va mobiliser ces fonds ? Comment on va  émettre les bons? Comment on va repayer  les fonds, etc ? Autant de questions qui attendent des  réponses de la part des responsables.

Un coup d’œil sur le tableau des dons montre que de 2011 à 2017, ce tableau suit une courbe descendante, passant de 48.5 milliards de gourdes à 24 milliards.

En ce qui concerne les recettes domestiques, on constate un effort du côté de la DGI dans la collecte des recettes. Mais la stagnation dans les recettes douanières est tout aussi remarquable. 

Si le gouvernement a rentré beaucoup plus d’argent en matière de recettes fiscales, par contre, les dépenses de l’Etat depuis 2010 suivent également une courbe ascendante, passant de 34 milliards en 2010-2011 à  61.1 milliards de gourdes en 2016-2017 et évalué 73.3 milliards en 2017-2018.

La répartition géographique du Budget

D’après les observations du gérant du Group Croissance,  si on devait distribuer les 144 milliards de gourdes  aux 11 millions d’Haïtiens, chacun recevrait 13000 gourdes. Le département de l’Ouest  est celui  qui bénéficie le plus des dépenses d’investissement du Budget (soit 13 783 012 066 gourdes). 

Sur les 58.8 milliards de gourdes de dépenses d’investissement du budget et de ce montant, l’Ouest en a accaparé 13.7 milliards de gourdes. 

Le département du Nord vient en deuxième position (avec 2 164 058 155 gourdes). Environ 8 des 10 départements ont bénéficié de moins de 2 milliards de gourdes d’investissement. 

Les départements  des Nippes  et  du Nord-Est  sont les parents pauvres de ce classement (avec respectivement 498 981 985 gourdes et 536 863 439 gourdes.

Sur  les 85 milliards de gourdes de dépense de fonctionnement, la république de Port-au-Prince va contrôler 80 milliards. Ce qui fait donc qu’il restera 5 milliards de gourdes pour les 9 autres départements.

Selon les révélations de l’économiste, les 146 communes du pays sont inégalement récompensées en matière de projets d’infrastructures. Dans ce domaine aussi, la commune de Port-au-Prince dans l’Ouest, a pris la plus grosse part du gâteau avec 57 projets alors que dans ce département , on trouve des communes qui ne sont même pas retenues dans la liste des bénéficiaires  de  projet.

D’un autre côté, l’économiste a également  souligné que mis à part la mauvaise distribution des projets, certaines communes comme Cité Soleil bénéficient de projets non-appropriés aux besoins essentiels des habitants. A ce sujet, l’intervenant a cité la construction d’un parc sportif à Cité Soleil d’un coût de 2 millions de gourdes. Il y est mentionné également comme projet dans cette commune, la construction d’un ouvrage, alors que selon les autorités municipales de la commune, l’ouvrage mentionné dans le nouveau budget est déjà construit et finalisé depuis des années.

Ces projets, inappropriés d’une part et déjà exécutés par une ancienne administration montrent selon Kesner Pharel l’inadéquation entre Le budget principal et le budget municipal. A cet effet, il a plaidé dans son intervention

 pour qu’à l’avenir les autorités haïtiennes optent pour un budget plus participatif.

 «  Il est mondialement reconnu, dit-il,  que la préparation du budget sollicite la contribution de tous les secteurs. S’adressant aux représentants de la société civile, Kesner Pharel  les a invités à s’engager davantage dans le processus budgétaire et à faire entendre leur voix. « Le plus tôt qu’on se fait entendre, le mieux ça vaudra, car de toute façon, il n’y aura jamais assez de ressources pour satisfaire les besoins de toutes les parties ».

 La plus grande faiblesse du nouveau budget est qu’il n’existe pas un fil conducteur qui sort de la politique générale du gouvernement, passant par la feuille de route pour arriver aux prévisions, a constaté l’intervenant qui somme les futurs chefs de gouvernement de prendre leur responsabilité.

Ciprien Gary source le nouvelliste





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